Le chanvre thérapeutique

Parution : Écolomag – septembre 2016 – Quoi de neuf dans le chanvre ?

Le chanvre est sur tous les fronts, et notamment celui de la santé. On l’a vu auparavant, dans votre assiette, c’est un allié végan et super protéiné de taille contre les maladies cardio-vasculaires, mais aujourd’hui nous allons parler du chanvre thérapeutique ! Diabolisé par les pharmaceutiques, il effraie souvent le grand public, or c’est une plante aux vertus curatives multiples.

Le Chanvre dans l’histoire de la médecine

Historiquement, on retrouve le chanvre dans de nombreux traités de médecine ancestraux à travers le monde. Des textes anciens font état de son utilisation thérapeutique en Égypte ancienne, en Assyrie, en Perse, au Tibet, en Azerbaïdjan, en Grèce antique, en Palestine et dans le pays arabes.

En chine, il est mentionné dans le Shen Nung Ben Ts’ao, un ouvrage médical en 50 volumes datant de plus de 2000 ans avant JC, et considéré pendant plusieurs siècles après sa rédaction comme une référence dans la médecine chinoise. Le chanvre était utilisé pour traiter les douleurs d’origine rhumatismale, la goutte, les “absences mentales”, le paludisme, le béribéri, le diabète, les vers intestinaux, la fièvre…

En Inde également on faisait l’apologie du chanvre et de ses vertus “magiques” dans le 4eme livre des Véda, écrit entre 1500 et 1200 avant JC. On y trouve mention notamment de préparations cannabiniques en traitement des troubles de la vésicule biliaire, du sommeil, contre la dépression, les céphalées, l’épilepsie ou encore en aphrodisiaque ou même contre la lèpre. Le cannabis est l’une des plantes les plus utilisées dans la médecine ayurvédique indienne.

On en trouvera également en Europe, il fut dès le moyen-âge utilisé par les herboristes en usage principalement externe, contre les abcès, tumeurs etc. L’abbesse Hildegarde Von Bingen en chantera également les louanges dans son traité sur la nature et les plantes médicinales Physica en 1150.

Il sera utilisé jusque dans les années 50 dans la plupart des pays européens dans divers médicaments pharmaceutiques à base de sirop de cannabis avant d’être interdit définitivement. Il sera banni de la pharmacopée américaine en 1937 et chassé des pharmacies françaises en 1953, victime du discrédit jeté par son utilisation récréative, et par le lobby des opiacées et du pétrole qui s’accaparent les parts de marché laissées.

Principes actifs

On retrouve dans le chanvre de nombreux composants médicalement intéressants, les deux plus connus et utilisés étant le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD). Le THC a été identifié et isolé en 1964 par Raphael Mechoulam, un scientifique de renommée mondiale pour ses recherches sur les cannabinoïdes, comme étant le composé actif contenu dans le chanvre, c’est à dire la molécule responsable des effets psychotropes. Il partage les vertus anti-inflammatoires, analgésiques de l’aspirine, sans les effets secondaires (troubles gastriques ou rénaux). Le second, le cannabidiol (CBD) possède la plupart des propriétés thérapeutiques du THC mais doit cependant, pour être efficace, être administré quotidiennement à haute dose. Il permet de réguler l’action du THC dans l’intensité et dans le temps, c’est pourquoi il est souvent utilisé de façon complémentaire.

Ces composants sont assimilés par l’organisme par les récepteurs cannabinoïdes présents dans le corps humain. En effet, il a été identifié que le corps produit lui-même des endocannabinoïdes (ou cannabinoïdes endogènes), qui jouent un grand rôle dans la régulation de l’appétit, la perception des informations sensorielles relatives à la douleur ou encore la coordination des mouvements. Ces récepteurs se trouvent principalement sur les cellules du cerveau et de la moelle épinière, mais également sur celles du cœur, de l’intestin, des poumons, des voies urinaires, de l’utérus, des testicules, des glandes internes, de la rate et des globules blancs. Ainsi, l’organisme humain est naturellement équipé pour assimiler ces composants naturels.

On trouve dans le chanvre des dizaines de variétés différentes, toutes avec des taux de CBD et THC variable, d’où le fait que l’on trouve des variétés légales (THC < 0,2%), et d’autres non.

Aujourd’hui l’usage thérapeutique est interdit presque partout sur la planète alors que les laboratoires dépensent des milliards pour synthétiser les substances naturellement présentes dans cette plante. Ces cannabinoïdes de synthèse sont utilisées à part dans des traitements, annulant l’effet d’entourage des molécules présentes naturellement dans le chanvre à l’état pur, et créant ainsi des déséquilibres et minimisant les effets bénéfiques.

Applications

Le chanvre thérapeutique a des applications médicales variées, que ce soit dans le traitement de la maladie ou des symptômes, notamment dans les cas de cancer, glaucome, VIH, SIDA, hépatite C, sclérose latérale amyotrophique, sclérose en plaques, maladie de Crohn, maladie d’Alzheimer, cachexie, douleurs graves et chroniques, vomissements graves, convulsions (y compris celles caractéristiques de l’épilepsie), spasmes musculaires grave ou persistants, diabète de Type 2.

Il peut être administré de différentes façons : fumé, en vaporisateur, macérats (huile), tisane, etc., cela dépendra du patient et de la pathologie.

Actualité et réglementation

C’est le THC, le composant psychoactif donc, qui fait débat dans l’utilisation du chanvre, et qui est visé par les réglementations.

Ainsi, il est légal de cultiver du chanvre contenant un taux de THC inférieur à 0,2 %, et uniquement pour sa graine (usage alimentaire) ou sa fibre (construction, textile). Les têtes et feuilles, chargées en résine, et donc utiles à la préparation de médicaments sont légalement interdites à l’exploitation.

À ce jour, l’usage du cannabis thérapeutique sous forme de médicaments est autorisé dans quelques pays, tels l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, l’Israël, le Canada et certains états américains (Alaska, Colorado…), et plus récemment l’Australie, où ont été votées le mois dernier de nouvelles lois qui ouvrent la porte à l’usage du cannabis thérapeutique pour les malades atteints de douleurs et de maladies chroniques. Certains autres pays, comme le Portugal, l’Espagne, les Pays Bas et la République Tchèque ont adopté une approche de dépénalisation ou de tolérance à l’égard de la détention et de l’usage du cannabis, sans pour autant forcément en autoriser la culture ou la vente.

En France, dans le sillon des États-Unis en 1937, il fut banni de la pharmacopée 1953. On ne trouve à ce jour que deux médicaments à base de cannabis autorisés : le Marinol, indiqué dans le cas de nausées associées à la chimiothérapie des cancers, stimulation de l’appétit (indiquée pour les troubles alimentaires tels que l’anorexie), glaucome (en baissant la pression intraoculaire) et troubles du comportement, de l’humeur et de l’anorexie chez les malades atteints d’Alzheimer, et le Sativex, pour soulager les personnes atteintes de sclérose en plaques.

Ces médicaments font l’objet d’une réglementation très stricte, et sont délivrés par des médecins hospitaliers, uniquement après avoir reçu une ATU (Autorisation, d’Utilisation Temporaire) auprès de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament), et restent donc très peu accessibles aux patients.

Ces restrictions contraignent donc les malades à souffrir en silence ou à s’organiser en réseau pour s’automédiquer illégalement afin de se soulager.

On ne désespère pas de voir la France rattraper son retard pour permettre aux malades d’apaiser les douleurs et symptômes, voire de se guérir complètement grâce à ce remède naturel, car s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, les recherches en cours sont plus qu’encourageantes ! De nombreux scientifiques se penchent sur l’effet des cannabinoïdes sur des pathologies telles qu’Alzheimer ou les addictions au opiacées, deux problèmes de santés grandissants dans notre société et qui pourraient être endigués grâce à cette plante.

Enfin, d’importantes recherches sont actuellement en cours sur l’effet du cannabis en tant qu’agent anti-cancer. En effet, l’injection de cannabinoïdes dans certaines cellules cancéreuses enverrait un message chimique entrainant, selon les cas, une diminution de la taille des tumeurs, jusqu’à une auto-destruction complète des cellules tumorales.

De très prometteuses découvertes sont donc à prévoir, à condition que les gouvernements fassent les bons choix pour nous permettre d’accéder aux meilleurs soins possibles.

Sources :
Le Cannabis en Médecine // The Scientist // Le Monde // Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry 64 (2016) // National Cancer Institute // Journal of Alzheimer’s Disease // L’ Chanvre